Nous sommes désormais partie intégrante du code.
Grâce à quelques virtuoses, le blog a dépassé le désert de l’exploration narcissique pour devenir la nouvelle et fragile vertèbre de l’émotion industrielle. La victoire écrasante de l’intime a une nouvelle fois été le choix de la foule. Mais je constate aujourd’hui qu’une telle page peut aussi devenir, au milieu du temps et des milliards de lignes de code, une tentative de tracabilité de la ville que je suis en puissance. Dans l’axe de nos vertiges éléctriques, internet est devenu Design normatif et codant de nos sociétés, générant perpétuellement sa propre mise à jour donc mutant les caractéristiques même de son ADN, ouvrant cette nouvelle humanité à des flux que la vie, dîtes réelle, épuise dans son incommunicabilité naturelle.
Je commence cette page à une semaine exactement de mon départ d’Europe, à 7 jours du vol qui me fera entrer de plein fouet dans la cage thoracique américaine, à un mois de voir Lionel venir aussi par le ciel. Je n’ai pas encore la moindre idée du process qui générera ce blog – anarchique, discipliné – et seulement une vague idée du contenu.
Je sais juste que c’est ici que je vais glisser à votre doigt l’anneau flambant neuf qui succédera au Ring & son hall of fame, ici que je dévoilerai semaines après semaines la nouvelle créature que Lionel Pezzano, Maurice G. Dantec et moi-même présenterons au public au cours de l’année 2008.
Did you ever wonder about an aircrash cult ?
Encore aujourd’hui, certaines tribus vouent un culte unique aux aéronefs. Leurs membres restent parfois des heures entières les yeux rivés au ciel pour attendre le passage d’un avion, considéré comme l’apparition d’un Dieu, au gré du trafic aérien. Sa rareté le plaçant toujours plus haut dans la hiérarchie divine. Ils attendent tous le moment où ce Dieu d’acier tentera la trajectoire fatale, l’instant crucial du crash à ciel ouvert, l’instant où la tribu s’uniera dans la célébration du culte des crash aériens par le téléscopage du cockpit et du désert. L’aircrash cult, huit secondes de kérosène solitaire dévoré par le sable où tous les déserts du monde sont des 11 septembre, où toutes les villes du monde sont des Las vegas.
Mes billets sont encore sur la moquette, déposés sur La Route, de Cormac McCarthy. J’entrevois l’accès du Terminal.
J’entends déjà l’avion, son silence, ses centaines de tonnes glissant dans l’oxygène, comme un secret sur l’Atlantique.
I kiss the souls inside my heart
Prochain contact dans quelques semaines -
David Kersan, le 5 mars 2008
Mots-clefs : David Kersan
mars 6, 2008 à 8:57
Ici, tout est simultané et tout est dans le temps électrique inversé du net. Le future se lit au passé dans une actualisation virtuelle de chaque instant, non pas vécu, mais totalement fumé au travers l’écran de nos vies historiques. L’avenir, en tant que temporalité soluble dans nos devenir-disciplines chaotiques, déroule sous nos yeux emplis de brumes binaires, en grésillements rétiniens, des codes de narrations inconnus. Les trajectoires fusent vers tant de crashs improbables mais inévitables. Où nous mènera la météore David Kersan, sinon au cœur du réel, quand bien même ce réel serait encodé dans la face caché du complot des anonymes ?
Alors j’applaudis au revers cinglant qu’infligent les authentiques allumés à la Grande Machination des Anges, j’expose les diamants dissimulés sous la fange dans le repli secret de toutes les navigations solitaires, que la force du réel explose à la face des accros de l’encodage des machines qui déstructure nos chairs. J’ouvre les yeux et des larmes de drames acides charcutent mes joues comme autant de beautés frappant mon cœur avec acharnement. Avant la syncope, les implants oculaires de mes sœurs martyrs s’ouvrent en projecteurs pessimistes sur l’absolu. Amplification lumineuse sur l’anti-rumeur, attendez-vous à ce que de noirs et sensuelles vérités vous transpercent de leurs regards de rêves.
David, comme l’enfant d’une arme qui reste à inventer, transperce les membranes de nos ridicules désertions de vies. Guettons la balle traçante, il ne nous restera plus qu’a suivre son sillage dans la nuit.
A présent il n’y a plus rien à dire. Attendre dans la planque que le satellite daigne nous désigner ce qui achèvera de préciser la prochaine étape, pour quitter ces inconfortables positions.
We are for the listening.
mars 6, 2008 à 9:27
J’ai tellement hâte de voir ça David… Très beau texte. Je t’embrasse
mars 6, 2008 à 9:30
La grande transplantation est en marche…
« N’ayez pas peur mon bon monsieur, tout va bien se passer. Il paraît même que certains patients survivent à l’opération. »
Tu survivras.
Avec quelques séquelles.
Et tu te réveillera dans un monde qu’il te semblera découvrir pour la première fois.
Tel un néo-Lazare, tu sortiras du tombeau avec la gueule de bois.
—–
There must be some way out of here,
Said the joker to the thief.
There is too much confusion,
I can’t get no relief.
Bob Dylan, All along the Watchtower
mars 6, 2008 à 1:41
Emporte avec toi l’image des ruines fumantes de notre vieux monde. Rien n’est encore. Le rien nait encore.
Sous la lourde couche de poussière que nous soufflons à grand peine, les poumons brûlés par les vapeurs de l’asphalte, nous croyons, nous savons que surgira la Parole.
mars 6, 2008 à 1:43
Que le Grand Voyage commence.
mars 7, 2008 à 8:50
J’aime beaucoup tes voix sur les teasers Dantec et lectures que tu as fait. Pezzano me semble un musicien plus qu’intéressant de son côté. Ca donne envie de voir le résultat puisqu’à la vue de certains bannières sur le net, j’imagine qu’un groupe est en formation ?
mars 7, 2008 à 8:51
http://www.dailymotion.com/relevance/search/kersan/video/x3qa2w_night-evolution_music
Kersan à la voix, Pezzano au son. C’était il y a un an à peu près, pour Artefact, le dernier Dantec.
mars 7, 2008 à 8:53
http://www.dailymotion.com/relevance/search/dantec%2Bteaser/video/x2×2h7_maurice-dantec-teaser-artefact_news
mars 8, 2008 à 1:45
j’admire vraiment ta verve , ton sens du mot , de sa beauté et de son extremisme
mars 10, 2008 à 5:51
Par delà les Colonnes d’Hercule, le Jardin des Hespérides…
Que la Trinité et Saint Christophe veillent sur vous.
mars 10, 2008 à 6:12
Salut,
Cette histoire de dévotion aux aéronefs, me fait songer au « cargo culte » dont Serge Gainsbourg parle dans son concept album « Melody Nelson » de 1971 ( je crois )… le final est, notamment, superbe :
http://www.frmusique.ru/texts/g/gainsbourg_serge/cargoculte.htm
J’ai donc hâte d’écouter Dantec en variation sur ce thème…
Bon succès pour ton blog !
A++
fx