Quitter l’hôtel est un délice toujours plus réel, raffinement vécu contre la foule qui à son tour glisse, hypnotique, vers son guichet.
La route du Terminal fut brêve et heureuse…
Ceinturée d’ether, Solitaire, Lost Highway.
Endroit parfait.
Je pense aux délicatesses, aux joies pures que ce pays m’a offert, aux chances inestimables depuis l’insondable disparition, aux âmes pour qui je brûle malgré l’Atlantique, malgré la route.
Je pense à ma mère, au bleu unique de son dernier regard, à Genève.
Ce bleu océanique est en moi pour toujours.
Je pense à S. , furtivement imaginée dans son sommeil, à D., me fixant pour toujours à la Contrescarpe. Je m’engouffre dans le Terminal, vibrant comme ce portable qui tremble encore sur ma cuisse. Je ne peux plus dire au revoir à personne. Des larmes neuves flottent sous mes yeux, je suis ainsi tout à fait allongé sur la plage.
Je pense même quelques secondes à la raclure habillée de sursis, à Paris, que je croiserai un jour malgré lui. Il traversera alors un tunnel de pure violence industrielle.
Ces minutes satureront tout ce qu’il a pu imaginer de sa rencontre avec moi. Elles déstructureront directement son rapport à l’existence.
Je m’offre un cadeau ignoré de mon compte en banque, plus rare qu’un diamant rouge, ne plus dire au revoir à personne, me concentrer sur celui que je vais rencontrer, l’inconnu, ce typhon qui m’a rayé de la carte une soirée heureuse de juin 2007.
Voici la seconde page de ma vie.
Le vol fut sublime, la nuit et le jour mélangés. Vitesse de croisière 700 km/h à 10000 mètres au dessus du niveau de la mer.
Maurice Dantec et sa femme m’accueillent à l’aéroport. Déjà vu. Sensation de revivre une situation, mais cette fois-ci verrouillé sur un dragster. Je suis sur le sol du Nouveau Monde. Des flics de deux mètres en rayban ont l’air de porter un sourire éternel sur les nouveaux arrivants. Un sourire d’homme libre. Le mien est blanc comme le ciel. J’ai rencontré trop de parisiens, je ne les regardais plus, hormis quelques authentiques singularités ils se ressemblaient tous, cadres ou subversifs branchés, autant de promesses que d’heures perdues dans un cimetière qui ne brille que la nuit. J’observe le grand artifice Américain, j’intègre chaque information.
Maurice Dantec sourit, ouvre sa vitre et démarre son pick-up.
“Welcome to America, David”
Le vol fut sublime, la nuit et le jour mélangés.
Pour aller la retrouver. Quoi ?
Mots-clefs : David Kersan
mars 23, 2008 à 8:17
J’ai pris des notes sur mon exil moi aussi… L’Amerique est le terminal !
mars 24, 2008 à 5:10
L’Éternité.