pourquoi le château ?

By David Kersan

1 heure du matin, heure américaine -

Maurice Dantec et moi parlons depuis bientôt deux heures du groupe sous toutes ses coutures, de l’arrivée (dimanche) de Charles-Antoine Menanteau et Lionel Pezzano au château.  Je décroche mon attention quelques secondes. Le ciel me semble singulièrement éclairé, le jour mélangé à la nuit. Je scrute la croix du Mont-Royal, nette et contrastée dans le ciel blancgris qui éclaire désormais toute la ville. Splendeur lumineuse des petits matins de Saint-Petersbourg en pleine nuit Nord Américaine.

J’ai longtemps contemplé d’Alain Bashung sur la platine. Ce titre s’étire sur toutes mes nuits depuis mon arrivée face à l’Atlantique. 

Mon visage parisien a disparu. Au contact du Nouveau Monde, j’attrape au vol sa jeunesse, sa joyeuse barbarie et ressens les qualités d’une nation non achevée. N’a-t-elle pas encore eu le temps de s’avilir ? L’Amérique est un nouvel universalisme ?

Aucun aéroport ne mène en Amérique puisqu’elle est LE Terminal ; the flight plan is inside.

Ne jamais mourir à Paris, trancher la tête de cette ville avant de l’investir. Ne pas sombrer dans ses simulacres. Vivre Paris dans l’attente d’un évènement est la meilleure façon de ne jamais y succomber. Aimer ces lumières, ses avenues, ses monuments, c’est à dire vivre avec et pour la nuit, sortir sans retour, ne jamais quitter la nuit, vous séparer de l’idée que dans cette ville l’artifice peut rejoindre une forme vivante de vérité. 

Tout être humain est un champ magnétique. Paris surpeuplé, saturation des champs magnétiques / des egos / ressentiments de tout ordre, champ magnétique contre champs magnétiques.  Ici plus un seul tremblement, le volt ne poursuit sa course que dans les guitares et les circuits éléctriques. Les rues ne sont chargées que d’asphalte, énergies avec énergies, les yeux se croisent, abandonnés ou captés par un flegme magnifique.

Parenthèse ouverte -

Je viens de créer la première prise de contact entre Éric Zemmour et Maurice Dantec. L’échange a duré quelques minutes. Il confirme une idée que j’ai derrière la tête depuis ma première rencontre avec Éric il y a quelques mois. Il pourrait y avoir une nouvelle “Cigale” comme en 2005 mais avec un face à face Dantec/Zemmour. La soirée Dantec à la Cigale fut un évènement marquant mais plus qu’éprouvant pour tout le monde. Maurice traversait une journée extrêmement difficile, tout fut sur le point d’être annulé une heure avant le début de la soirée. Mais dans un état presque critique, Maurice a tenu à honorer sa promesse, malgré l’astronomique épuisement qui le frappait.

Donc oui évidemment il y aura une seconde Cigale dont tous les grand-huit restent à dessiner.

Parenthèse fermée -

Maurice est en plongée fulgurante d’écriture sur son prochain roman. Je vois enfin l’animal littéraire véritablement en action. L’atmosphère du loft est indicible, séparée et agglomérée. Ci-gît Babylon Babies, Théâtres des Opérations I, II & III, la cellule où fut écrit Villa Vortex, Périphériques, Cosmos Incorporated, Grande Jonction, Artefact. Il frappe en mode mitrailleuse sur son clavier argenté, entouré de 6000 livres et autant d’albums que j’entends ceinturer à toute heure l’éléctricité monastique du château.

Je le regarde écrire, observer le superbe globe terrestre face à lui, arrêter le monde net en expulsant la première bouffée, puis disparaître. Il baisse les yeux vers le clavier, seule une vitre entre son image et le balcon nous sépare. Ça y est, il est dans la tour, dernier étage sans aucun plan d’accès, aucun escalier, aucun ascenceur. Désormais inaccessible, enfermé à double tour dans un sas pyrotechnique dont il garde chacun des secrets. La vérité est dans la page. Toute page a sa vérité. Dans sa présence et ses absences, une page suffit souvent pour photographier un écrivain. Comme il y a une vérité du lieu. Quelques heures, parfois quelques minutes suffisent pour tracer la vérité d’un endroit. Ici, au château, l’air que j’y respire ne fait pas que perforer ma cage thoracique. Comprenez le bien.

Une énergie nouvelle déferle cette fois dans mes veines. Elle m’a déjà rendu muet.

Elle va enfin pouvoir me faire chanter.

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Une réponse vers «pourquoi le château ?»

  1. michelle dit :

    On se sent privilégié, pouvoir assister à tout ce qui entoure la création, avoir presque l’impression d’être là, il manque si peu, il manque tellement.
    Eric Z. Excellente idée, sauf qu’il est effroyablement misogyne.
    Maurice n’est certainement pas misogyne. Il conviendra d’éviter soigneusement le sujet FEMME:)
    Buona notte!

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