
Lionel Pezzano – 2007
La sortie du dernier théâtre des opérations fut un étonnant exercice de contrôle. Albin Michel décida de ne pas envoyer le livre aux journalistes, de ne pas vendre d’extraits, polémique inutile, de telle sorte qu’il passe médiatiquement presque inaperçu. Mais du côté des guichets, le lecteur n’a pas attendu la critique de Jérôme Béglé pour s’offrir le volume rouge et blanc. Ce TdO dépasse en dix jours les ventes des deux opus précédents. Il me faut désormais trouver un musicien capable de traverser American Black Box de sa guitare éléctrique. Renverser la torche littéraire sur partition, lui opposer un riff vertical, une batterie épurée et une voix capable de porter la vague des poésies atlantiques qui hantent l’ultime journal de Maurice G. Dantec. Emmanuel Hubaut, le guitariste de Dead Sexy Inc. me lâchait quelques noms de guitaristes mais personne ne semblait être fait pour ce projet.
Il flottait dans ma tête jusqu’à un soir d’avril 2007. Le genre de soirées où votre vie bascule à cause d’un événement à priori anodin, le genre de soirées où le micro et le macro se lie en silence, un soir où d’indicibles croisements aboutissent à ce qu’une musique d’un parfait inconnu se retrouve sur ma boîte email. Je me souviens du minutage de l’évènement. J’étais au téléphone avec quelqu’un, je reçois un premier email me recommandant d’écouter la pièce jointe. Cela fait maintenant bientôt 5 ans qu’on me recommande de lire ou d’écouter ce qu’il y a en pièce jointe, censé à chaque fois être l’oeuvre du millénaire.
Je reste en ligne tout en cliquant sur le fichier. Le son naît, péniblement, je sais que je n’écoute pas, j’entends à peine, la conversation continue, le mp3 disparait dans l’air de l’appartement.
Au bout d’une minute, un premier riff déchire littéralement mes enceintes et la conversation disparaît, à son tour, dans les profondeurs du téléphone. Le combiné renversé vers le bureau, j’écoute la montée bouleversante du riff, la jeunesse infernale les drums, la synthèse des influences. Je sais que je dois raccrocher.
Je demande à mon contact qui a joué et composé ce titre, il me donne un numéro que je compose immédiatement, il est tard me semble-t-il, je crois que je le sors du sommeil, il reconnait mon nom et ma voix qu’il a déjà entendu chez Durand ou sur des teasers en ligne, je me souviens très bien lorsqu’il me dit qu’il sait depuis longtemps que j’allais un jour le contacter pour travailler avec lui. Il a connu Dantec par Ring, l’a vu chez Ardisson, attrape une vérité de l’auteur des Racines du Mal. “J’ai senti rapidement que j’avais affaire à quelqu’un”. Il me raconte son parcours, sa ville, Strasbourg, trace l’architecture suggérée de sa conscience politique. Tout va très vite, j’écoute religieusement celui qui a déchiré ma soirée en deux et lui demande de m’envoyer le titre en intégralité, d’autres musiques composées, jouées par lui. Je reçois l’email une demi-heure plus tard, je coupe le portable et monte le son. Une demi heure après, l’email est sur la boîte de Maurice Dantec.
Il m’appelle une heure plus tard, ce sont ses mots : ’Cela fait trente ans que j’attends ça. Ce garçon est Link de Nova en personne, c’est à dire un authentique génie du rock’n'roll.”
Il cherche un chanteur depuis plusieurs mois sans succès. J’ai fait un peu de scène à 20 ans, ma voix avaient été remarquée par une petite production Grenobloise qui était venu me voir après un concert, mais j’ai vite reciblé mon attention sur mon droit. J’ignorais ainsi, en mai 2007, ce qu’était devenu mes cordes vocales.
Maurice Dantec me propose d’écrire lui-même les lyrics et que je devienne le chanteur du groupe. Il est visiblement certain de ce qu’il avance. Des micros et du matériel s’agglomèrent dans mon appartement, moins de vingt-quatre heures après, je chante une nuit durant le premier titre qui figurera sur l’album. Le titre One Trillion Stars a été écrit en deux heures par Maurice au lendemain de l’arrivée de la musique. Je lui glisse par email la bande son de ma voix, tôt le matin. Je le sens aussi surpris que moi et il me demande un second titre ; il veut savoir si je peux refaire ça une nouvelle fois. Neon Fire sera ce second titre et celui qui enclenchera véritablement le process du groupe. Moins de quarante-huit heures après, je réalisais que j’étais revenu sur Paris pour lui. Sans ce retour sur la capitale, jamais je n’aurais échangé d’emails avec celui qui m’a fait connaître Lionel Pezzano. Ce contact s’appelle David C., précieux membre de la communauté des lecteurs de Maurice Dantec et passionné de rock’n'roll. Le projet de mettre en musique American Black Box est ainsi repoussé vers un futur indéfini. Suivront des jours-nuits d’écriture et de composition des 18 titres du premier album. Des nuits blanches et des centaines d’heures de travail. Maurice G. Dantec nous livrant 18 textes, 18 lois américaines de rock’n'roll. Un dialogue permanent entre Maurice et moi s’instaure sur le chant mais également avec Lionel sur la musique. Des nuits blanches où le trio que nous formons devient une véritable entité. Le groupe est né.
Nous serons réunis tous les trois pour la première fois lors d’une soirée que j’organisais dans une villa du sud de la France. Avec mes proches, nous sommes une vingtaine autour de l’eau. Il fait nuit, l’air est chaud quand les enceintes extérieures ouvrent leurs watts sur les premiers sons du groupe. Nous entendons le ghost d’un nouveau monde, la ligne est tracée, la phase 2 doit définir l’endroit, l’espace et le continent pour faire grandir la créature.
Ce rendez-vous a lieu aujourd’hui, à Montréal. Le compte à rebours va commencer le 10 mai, jour d’arrivée de Lionel Pezzano en Amérique du Nord. Le vol sera sublime pour lui aussi, la nuit et le jour mélangés.
Nos exils réuniront nos vies, nos ghost, nos mondes et paradoxes. Nos exils comme autant de dancefloors, de fauves lâchés dans la ville.
David Kersan
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avril 29, 2008 à 9:23
S’agit-il des morceaux dont j’avais eu le plaisir d’écouter des extraits, un soir?
avril 29, 2008 à 3:19
Oui Michelle, trois extraits en pré-maquette à l’époque.
mai 2, 2008 à 8:55
Il n’y a donc aucun extrait sur le web ?
mai 2, 2008 à 8:57
De quel titre s’agit-il ?
http://www.dailymotion.com/relevance/search/david%2Bkersan/video/x4ubl1_dantec-kersan-pezzano-new-band_creation
mai 2, 2008 à 11:15
Court extrait ici : http://aircrashcult.wordpress.com/2008/03/25/30-seconds-over-the-creature/
Des extraits seront régulièrement postés sur Aircrash Cult, dès le mois de juin.
Salutations -
dk
mai 3, 2008 à 12:30
Vivement juin alors !
Salutations à Maurice.
mai 6, 2008 à 9:21
ben voilà, c’est ce titre, entre autres que j’avais adoré…..y a plus qu’à attendre, alors…..