
Plongé dans Ich Bin Ein Dubliner, dernier titre en date d’Aircrash Cult, j’ai raté, paraît-il, les feux d’artifices internationaux du siècle hier soir à Montréal. Ceux des USA. Lionel y était et m’a raconté qu’après ça, il ne restait plus que la bombe thermonucléaire pour pouvoir éventuellement l’émouvoir.
L’absolue domination technique et, plus rare, une authentique grâce semblait avoir prise sur l’alliage pyrotechnique. Le ciel était totalement éclairé et éclairait donc Montréal, ville au charme indéfinissable, je me répète, car je mets aujourd’hui des mots sur l’irrationel de mon arrivée. Pourquoi tant d’Européens viennent y vivre et pourquoi elle dressera un futur possible de la France quand la situation européenne coulera véritablement à pic.
La réconciliation avec l’espace absolu, les lofts hyperdimensionnels pour des prix extra-terrestres si on compte en escroc parisien, le ciel retrouvé, l’ambiance magique du vieux Montréal, les parcs, la chaleur magmatique des lounges et des pubs, les restaurants presque tous en open space, la gentillesse invincible des Québecois [gentil/ gens signifie noble] et sa libertaire atmosphère, parfaitement inorientable, magnifiquement inachevée. J’écris cela en sachant que cette ville me sera transitoire, vers l’ultime frontière.
J’ai roulé sur ma première autoroute américaine il y a un mois, explosant inconsciemment près du double la limitation de vitesse française. L’autoroute était blanche, no sherif, feu vert despotiquement global, je devais savoir ce que la gosse du Milwaukee avait dans les tripes, désormais chez elle. Le goudron lisse comme un gigantesque pool entre les plaines sans horizons, des villas de bois blanc sur des kilomètres et leurs drapeaux étoilés comme autant de cieux subliminaux.
Dès la frontière passée, une tension inconnue travaille physiquement vos clavicules comme pour vous dire quelque chose sur ce pourquoi de l’ultime frontière. Une pression patriote semble tenir tout l’oxygène dans sa cage thoracique. Le sens du mot nation n’a jamais été aussi clair qu’aux Etats-Unis. La France l’a perdu dans le crash de la Pensée Charter Générale. Ce pays où l’évocation même du terme real politik est devenue tabou en soi.
Le déclin de ce pays n’a jamais été aussi visible que depuis l’étranger, toute sa vérité présente et à venir s’amplifie et s’écrit en une synthèse résolutoire désormais tragiquement mathématique.
Et pourtant, je vais bientôt revenir en elle pour quelques semaines.
Aircrash Cult y dévoilera quelques-uns de ses premiers titres lors d’une soirée en normandie le 13 septembre 2008, en présence de Maurice G. Dantec.
Les places seront réservables sur Paris et par téléphone si vous appelez de la province. Je vous donnerai plus d’informations sur le menu complet, très bientôt.
Mes fidèles salutations américaines,
dk